Un autre regard sur la nature
« Nous avons beau faire le tour du monde à la recherche de la beauté, si nous ne l’avons pas amenée avec nous, nous ne la trouverons jamais. »
Ralph Waldo Emerson
Invité d'honneur: Albert Faniel

Nestor REYMEN (Statte, 1872 – Antheit, 1953)
L’artiste
On connaît l’abbé Reymen pour la décoration religieuse dont il est féru. La grande toile ornant le porche de l’église d’Awirs et les chemins de croix de plusieurs églises à Horion-Hozémont portent, par exemple, sa signature. Dans ce même village, il installe son atelier dans la verrière jouxtant l’ancien presbytère. Il y reçoit souvent la visite de son illustre ami, Paul DELVAUX. L’artiste surréaliste belge, mondialement connu, provient de Antheit où il fit régulièrement des séjours de vacances. On peut imaginer que le peintre à renommée internationale devait s’inspirer d’un homme d’église afin de réaliser ses œuvres sur la passion du Christ.
Au-delà de ses vocations premières, l’art et la religion, REYMEN témoigne d’une autre affection, peut-être moins connue, pour les cours d’eau. La plupart de ses œuvres liées au terroir portent une touche aquatique. L’artiste a fréquemment représenté le moulin du Val d’Awirs et l’ancien passage d’eau de Chokier. Gué, mare, ruisseau, rivière et fleuve inondent son travail.
Dans le christianisme, l’eau possède d’ailleurs une dimension toute particulière. Source de vie ou de mort, elle purifie le corps et l’âme. Elle représente la vie nouvelle promise. Le baptême en tire tout son sens. Le passage de la mort à la vie.
L’œuvre
Il semble évident que Nestor Reymen pense à la dimension religieuse de l’eau lorsqu’il la représente. Il nous invite, à faire une pause, prendre le temps d’écouter les bruits légers des clapotis et renouveler nos pensées.
Pêcheur ou promeneur ressentent une forme de paix lorsqu’ils arpentent les berges d’une rivière. Cela amène à une renaissance, une forme de conversion. L’eau possède bel et bien ce pouvoir sur nos âmes et nos corps. Elle et absorbe nos peines pour nous ramener à la vie.
Le peintre de terroir nous invite à partager ce bien-être, à nous émerveiller de ce spectacle inouï.
Dans un premier plan, un charme, ses racines et quelques iris offrent une ombre, un abri au sentier. Il part sur la droite, nous invite à la liberté.
Dans un second plan, l’Amblève, rivière de légende, majestueuse, porte en son lit des blocs créant des remous de ton beige clair, tumultes si chers aux truites fario de toutes tailles.
On peut lire l’importance de l’eau pour notre peintre à la vue des palettes de couleur qui en compose la surface. Ocre, beige, vert clair et gris étalent, de leurs couleurs légères, leurs reflets complémentaires.
Enfin, sur l’autre bord, un îlot nous attend. Serait-il notre salut ? Oserons-nous nous y allonger pour y entamer une vie nouvelle, faite de calme et de douceur ?
Julien GOIJEN