Salon des 30
« Les choses ont changé. Le rapport au temps. Le rapport à l’œuvre. La vitesse de rotation des tableaux. Tout a changé et tout change encore. Tout. Le marchand. L’artiste. Le client. »
« Le vol d’oies – Munich 1894 » h/t
Dans le cadre de notre nouvelle exposition de Dison “Salon des 30”, mettons l’accent sur une œuvre de jeunesse et exceptionnelle de notre Maître, une forme de Genèse.
Il nous surprend, encore une fois, par la diversité de ses facettes. Lors des derniers tableaux du mois, nous avions tour à tour décelé son attrait pour le pleinairisme, l’impressionnisme, le colorisme et le luminisme.
Pour comprendre cette autre influence, il faut remonter à Paul Gerardy. Ce poète pamphlétiste est un ardent défenseur de l’idéal symboliste. Vers 1890, il réunit un groupe d'amis peintres : Armand Rassenfosse Richard Heintz, Auguste Donnay. S’y joignent poète (Edmond Glesener), sculpteur (Joseph Rulot) et bien d'autres. Paul Gérardy anime ce mouvement pendant plusieurs années.
Le 28 avril 1894, Paul Gérardy se marie à Liège avec Louise Delvoie. On dira de lui qu’il était si mal organisé qu’il avait même oublié d’apparaître à son propre mariage. Le couple effectue toutefois un voyage de noces de plusieurs mois en Bavière, à Munich – Tegernsee. Notre peintre les y rejoint et y réalise alors de très rares œuvres.
Gérardy aime à dénoncer les injustices sociales et politiques. Il s’exprime : « Le pays même n'est qu'une fiction, qu'une illusion, qu'un mensonge de la politique. Deux races qui ne se comprennent pas [...]; deux peuples opposés et ennemis par leurs origines, par leur langage, par leurs croyances, par leurs intérêts peuvent-ils former une nation ? [...] Réveillez-vous, Wallons de Wallonie, endormis dans un mauvais bouge ! »
L’école liégeoise du Paysage trouverait ses origines dans les arts variés (poésie, peinture, sculpture, …) et dans une politique engagée, fière de ses racines wallonnes.
Les peintres symbolistes désirent traduire visuellement les idées et les émotions évoquées par les poètes. Ils cherchent, derrière l’apparente réalité, un sens profond, imperceptible au premier regard.
Vu le contexte autour de ce tableau et son ambiance songeuse, répondrait-il à cette définition ?
Le sens profond se trouverait dans l’appel au réveil et à l’envol de tout un mouvement artistique que le Maître propose de prendre sous son aile.
Notre exposition et ses artistes vous attendent pour témoigner de la vitalité de cet héritage, plus que jamais vivant.
Julien GOIJEN
